Philae : les observations à la surface de la comète sont « une très grosse surprise »
Photo d'un panneau solaire de l'orbiteur Rosetta et de la comète 67P/Tchourioumov-Guérrassimenko prise depuis Philae, le 15 octobre, à environ 16 km de la comète.
Quelques heures seulement après son atterrissage historique sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko, le robot Philae, de la sonde Rosetta, a envoyé sur Terre les premières images jamais prises depuis la surface d'une comète. L'astrophysicien Philippe Lamy, directeur de recherches au CNRS et impliqué dans la mission, a expliqué, dans un chat au Monde.fr, comment le module pouvait fonctionner malgré une position inconfortable et détaillé les promesses offertes par la comète.
Clément : Qu'espérez-vous découvrir sur l'univers avec la mission Rosetta ?
Philippe Lamy : Sur l'univers, c'est beaucoup dire. Les comètes sont parmi les corps les plus anciens du système solaire. Les scientifiques espèrent, par différentes analyses minéraglogiques, isotopiques et chimiques de la matière cométaire, apprendre comment celle-ci existait à l'état le plus primitif possible. Sachant que sur Terre il est très difficile de trouver des éléments primitifs.
Vincent : L'atterrissage de Philae sur cette comète est un exploit en soi. Néanmoins, les données récupérées seront-elles suffisantes pour répondre à ces différentes questions si Philae n'arrive pas à s'amarrer et donc à forer ?
Philippe Lamy : Si Philae ne réussit pas à forer et à analyser la matière sous la surface, ce sera une grosse perte. Mais il est trop tôt pour dire si cette capacité est perdue. Je crois qu'il va y avoir de nouveaux essais de harponnage. Peut-être même est-il possible pour Philae de forer sans être harponnée. Je pense que de toute façon, l'expérience sera tentée.
Le robot Philae envoie des images spectaculaires de la comète Tchouri
Le robot Philae a commencé jeudi 13 novembre à recueillir des images spectaculaires de la comète "Tchouri", malgré une position inconfortable, une patte "en l'air" et dans l'ombre, ce qui risque de diminuer l'efficacité de ses batteries solaires. 00:55
Raph : La mission a-t-elle d'ores et déjà apporté des informations nouvelles sur les comètes, par exemple sur leur surface ?
Philippe Lamy : Tout à fait. La campagne d'observation qui s'est déroulée depuis mars avec l'acquisition d'images, mais aussi des mesures in situ de composition a déjà beaucoup apporté. En ce qui concerne les images, la forme inattendue de la comète, bilobée, peut-être suggère une formation très ancienne de deux corps qui se seraient rencontrés à faible vitesse et se seraient agglomérés. Ce qui aurait des implications pour les mécanismes de formation des comètes.
Ensuite, l'état de surface est une très grosse surprise. Nous avons essentiellement deux types de terrains : des zones relativement étendues qui ressemblent presque à des dunes, probablement un gravier beaucoup plus gros ; et d'un autre côté des surfaces type rocheuses très dégradées, avec des éboulis, des rochers dispersés, des bassins en partie effondrés. C'est une très grosse surprise par rapport aux autres noyaux cométaires qui ont été visités dans des missions spatiales passées.
Flo : D'après quels critères 67P a-t-elle été choisie ?
Philippe Lamy : 67P a été choisie dans un deuxième temps. La mission initiale Rosetta devait rencontrer la comète 46P Wirtanen. Mais s'est passé un incident : le vol précédent de la fusée Ariane 5 a été un échec, en décembre 2002, et il y a eu une enquête pour comprendre ce qui s'est passé, ce qui prend du temps. Or la comète n'attend pas : on vise un point de rencontre dans le ciel, et si on arrive quelques mois ou années après, la comète est partie de cet endroit.
A partir du moment où on a un créneau de lancement, on ne peut atteindre qu'un petit nombre de comètes. Il y a donc eu une sélection à partir des trajectoires et des orbites des comètes. A partir de là, une liste d'environ cinq comètes a été établie, et l'analyse finale a permis de choisir la comète Tchourioumov-Guérassimenko. Ce sont donc des critères de faisabilité et de trajectoire qui ont joué, plutôt que des critères scientifiques.
Sophie : Connaît-on la densité de la comète ? S'agit-il d'une « boule de neige » légère ou d'une « boule de glace » compacte ?
Philippe Lamy : Pour la première fois on a déterminé de façon assez précise la densité d'une comète. En ce qui concerne « Tchouri », elle est de 0,47 grammes par cm3. Un peu moins que la moitié de la densité de l'eau ou de la glace.
Cela a une implication immédiate : sachant que pour l'essentiel un noyau cométaire est constitué de glace et d'eau, et de divers silicates, cette densité très faible impose que le noyau est fortement poreux. On estime cette porosité moyenne à 70-80 %.
La comète ne « chante » pas vraiment, mais émet des oscillations dans le champ magnétique qui l'entoure. Les scientifiques ont pu l'enregistrer grâce à la sonde Rosetta.
Pierre : La mission Rosetta a duré dix ans. Pendant ce temps, la sonde était-elle surveillée en permanence par une équipe dédiée ou bien y a-t-il eu une « hibernation » pendant quelques années ?
Philippe Lamy : La mission s'est déroulée en deux parties. D'abord, la sonde a été surveillée, et utilisée à deux reprises pour des missions scientifiques : les survols des astéroïdes Steins et Lutétia. A l'issue de ce second survol, quelques mois après, la sonde a été placée en hibernation, qui a duré environ trois ans, de juin 2011 à janvier 2014. Suivre une mission spatiale coûte cher, il faut des ingénieurs et des techniciens, l'idée était de réduire le coût de la mission par cette hibernation. La sonde a été réveillée mi-janvier 2014.
Claire : A quelle époque et par quels moyens d'autres noyaux cométaires ont-ils été visités ? Quelles ont été les différences observées avec la comète 67P ?
Philippe Lamy : Le premier noyau cométaire qui a été survolé en 1986 était déjà une grande première, une mission de l'Agence spatiale européenne (ESA). Elle a survolé de noyau de la comète Halley. Il y avait une très forte motivation pour faire cette mission. Puis toutes les missions qui ont suivi ont été menées par la NASA. Elles ont survolé plusieurs comètes : Wilde-2, Borrelly, Temple-1 et Hartley-2.
Boy : Y a-t-il actuellement d'autres missions ou sondes lancées ?
Philippe Lamy : Non, actuellement, il n'y a pas de programme de l'ESA en cours. Du côté de la NASA, la mission New Horizon va arriver à la planète Pluton l'année prochaine, et surtout, va poursuivre sa course et rencontrer ce qu'on appelle un objet transneptunien, un petit corps situé au-delà de l'orbite de Neptune. On estime que ces objets sont encore plus primitifs que les comètes, car ils n'ont jamais été dans le système solaire interne.
La zone d’atterrissage de Philae sur la comète "Tchoury".
Stéphane : Sait-on sur quelle type de surface Philae est-elle posée ? Les images semblent montrer de la roche, ou peut-être de la glace. Cela a-t-il une implication sur les possiblités de forage ? En terme de résultats, quel serait le matériau « idéal » ?
Philippe Lamy : Actuellement, l'équipe des opérations de l'ESA ne sait toujours pas où s'est posé Philae. Le module a touché la comète très près de l'endroit prévu, mais a ensuite rebondi deux fois, un « énorme bond » puis un saut plus petit. Nous ne savons pas dans quelle direction exactement. Pendant la conférence de presse de l'ESA [jeudi à 14 heures] les équipes ont montré un lieu potentiel d'atterrissage final, mais non confirmé. Sinon, il n'y a pas de raison de penser qu'une zone d'atterrissage est plus intéressante qu'une autre.
Totor : Quelles sont les molécules « primitives » que l'on espère trouver et pourquoi ?
Philippe Lamy : On connaît déjà un certain nombre de molécules complexes détectées dans d'autres comètes, presque une vingtaine. Cette fois, on recherche plutôt des molécules plus en profondeur : l'idée est de forer à au moins une vingtaine de centimètres pour avoir accès à une matière aussi peu modifiée que possible.
Il s'agit en particulier de rechercher des molécules carbonées plus complexes que celles qui ont été détéctées jusqu'à maintenant, qui pourraient s'approcher de molécules prébiotiques – molécule organique formée sans l'intervention des êtres vivants. Les comètes auraient en effet apporté les éléments constitutifs de la vie sur Terre, ainsi que tout ou partie de l'eau présente sur notre planète.
JeanB : Les intruments de Rosetta et/ou Philae sont-ils capables de mesurer le rapport deutérium/hydrogène, très important pour comprendre l'origine des océans terrestres ?
Philippe Lamy : Tout à fait. La signature de l'origine de l'eau se fait par le rapport deutérium/hydrogène, qui a déjà été mesuré par l'instrument Rosina sur l'orbiteur Rosetta. Le deutérium est un isotope de l'hydrogène qui a été créé à l'époque du Big Bang. Le résultat est connu, mais sous « embargo » par l'équipe de Rosina. Une première série de publications devrait sortir dans quelques semaines dans la revue Science.
Laurent : Y a-t-il une possibilité de découvrir des matières/molécules/éléments inconnues sur Terre ?
Philippe Lamy : C'est une question très difficile. Je pense que c'est peut-être possible. Les équipements les analyseraient, et les données seraient publiées dans les revues scientifiques.
Kerridween : Ne craignez-vous pas l'altération des molécules analysées du fait de la présence d'un corps étranger, en l'occurence Philae ?
Philippe Lamy : En principe, toutes précautions sont prises pour éviter ce type de contamination. Ce sont des techniques développées en particulier pour les missions martiennes. Il y avait parmi leurs objectifs des recherches de traces de vie, donc il était important qu'il n'y ait pas de contamination.
Sim : Combien de temps la sonde va-t-elle être capable de travailler ?
Philippe Lamy : Il semble que Philae se trouve actuellement dans une zone en dévers, avec des rochers à proximité, qui font que son ensoleillement, nécessaire à la recharge de la batterie, n'est pas optimal. Un seul panneau solaire semble recevoir la lumière de soleil actuellement.
La mission Rosetta n'est pas limitée par des contraintes de puissance électrique, mais par des contraintes opérationnelles. On estime qu'elle sera remplie fin 2015. Car la comète aura passé son périhélie en août 2015, c'est-à-dire le point le plus proche du Soleil. Rosetta va continuer à accompagner la comète au-delà, puis on verra son activité décroître. Il paraît intéressant de comparer l'état de la surface du noyau de la comète à la fin de la mission, et avant, au moment des premières images, pour étudier toutes les modifications.
Une représentation du module Philae sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko.
Champollion : Quelle est l'autonomie des batteries de Philae ?
Philippe Lamy : Il y avait deux systèmes séparés : une pile d'une capacité de trois heures environ, pour faire l'ensemble des mesures avec tous les instruments ; et une batterie rechargeable, qui est prévue d'être rechargée par les panneaux solaires. Il est sûr que son fonctionnement sera réduit en capacité et en temps.
Marianne : Pourquoi l'autonomie de Philae est-elle si faible ?
Philippe Lamy : C'est une question de masse. L'ensemble de la charge utile de Rosetta est limitée par les capacités de lancement. Philae doit donc comporter ses propres systèmes de télécommunication, et son système de navigation et de fourniture d'énergie, soit eviron 10 kg d'instrumentations scientifiques. Les ingénieurs font des compromis, et le dimensionnement de la pile et de la batterie a été fait en proportion.
Fred : Pourquoi ne pas avoir utilisé un générateur éléctrique à radioisotopes comme Curiosity ou Voyager ?
Philippe Lamy : Effectivement, c'est une technologie très utilisée par la NASA pour ses missions lointaines. Mais la mission Rosetta a été démarrée il y a 25 ans, lorsque l'Europe ne disposait pas de cette technologie.
Kerridween : Est-il possible alors d'utiliser les panneaux solaires de Rosetta pour faire « réfléchir » la lumière du soleil sur Philae et lui permettre de recharger ses batteries pour optimiser son autonomie ?
Philippe Lamy : C'est de la science-fiction !
Matthieu : Parmi les missions de Philae, quelles sont celles qui risquent d'être compromises ?
Philippe Lamy : Je ne pense pas que des mesures seront compromises pour des questions de piles. La capacité de la pile a été dimensionnée pour que l'ensemble des instruments puissent fonctionner au moins une fois. Si tout se passe bien, le programme initial où tous les instruments effectuent leurs mesures devrait se dérouler normalement.
Beaucoup de mesures sont purement passives : température, mesures physiques, et peuvent être effectuées sans risques. Mais le système de forage est-il capable de fonctionner sans ancrage, là est la question. Mais ce sera tenté.
Nicolas : J'ai cru comprendre que l'équipe ne s'attendait pas à de tels rebonds et qu'elle l'attribuerait à la structure du sol. Faut-il comprendre que le sol est plus dur (ou plus tendre ?) que ce que les experts anticipaient ?
Philippe Lamy : Non, je crois que le rebond est dû au fait que le système de jet de gaz qui devait plaquer Philae au sol dès le premier contact n'a pas fonctionné. Effectivement, une fois plaqués les harpons devaient être actionnés et ancrer Philae. On pense que le système de jet de gaz n'a pas fonctionné, Philae a tout de suite rebondi. Ce qui n'est pas clair, c'est si les harpons ont été actionnés quand même. Donc toute la séquence qui était prévue : jet de gaz, harpons, puis trois vis qui devaient pénétrer dans le sol ne s'est pas déroulée correctement.
Capitaine : Y aura-t-il un autre rebond de Philae et comment ?
Philippe Lamy : Je n'ai pas entendu pendant la conférence de presse de l'ESA qu'il était question de créer un nouveau rebond. Il est possible qu'il y ait un essai de nouvel ancrage. Nous en saurons plus dans les heures qui viennent.
Chris : Pourquoi Philae n'est-il pas doté d'un moyen de se mouvoir ?
Philippe Lamy : Philae est déjà extraordinairement compliqué. Une capacité de mobilité aurait été strictement impossible car techniquement trop difficile. Déjà un simple atterrissage pose problème, alors faire rouler un engin sur un sol totalement inconnu, personne ne s'y serait risqué. Et il faut songer que Philae ne fonctionne qu'avec quelques watts.
Maître Yoda : Philae s'est posé sur un terrain pentu. Est-ce une contrainte supplémentaire pour son bon fonctionnement ?
Philippe Lamy : Actuellement, nous ne connaissons pas la nature et l'inclinaison du terrain où se trouve Philae. Ce qui était sûr, c'est que parmi les critères de choix pour l'atterrissage, aucune pente ne devait être inférieure à environ 30 degrés, afin d'éviter un basculement de Philae à l'atterrissage.
Jean : Quel est le rôle de Rosetta pendant le travail de Philae ?
Philippe Lamy : Rosetta a une fonction essentielle : relayer les ordres transmis à Philae et renvoyer les données vers la Terre. Rosetta dispose de beaucoup plus de puissance et peut donc retransmettre les informations vers la Terre.
Hugo : A quelle vitesse à laquelle la comète avance-t-elle et combien de temps Philae peut-il continuer à transmettre ses informations jusqu'à nous ?
Philippe Lamy : La comète est sur une trajectoire elliptique avec une vitesse de 18 km par seconde, qui va augmenter. Philae peut transmettre des informations tant qu'il dispose de puissance. Tout dépend de la capacité de recharge des batteries. « Tchouri » est en train de se rapprocher de nous, elle est à environ trois unités astronomiques - la distance entre le Soleil et la Terre. C'est l'étalon de mesure dans le système solaire.
Jean-K : En combien de temps les informations envoyées par Rosetta arrivent-elles à la Terre ?
Philippe Lamy : 28 minutes actuellement.
Nongtaba : Pensez-vous que l'on sera capable de ramener des poussières ou des fragments de comète sur Terre ?
Philippe Lamy : Ce n'est pas dans les objectifs de la mission. Lorsque cette mission a été élaborée, elle prévoyait effectivement un retour d'échantillon. Au bout de quelques années d'études, on s'est rendu compte que c'était trop ambitieux et trop coûteux, et on a revu la mission à la baisse.
Peter : Pourquoi les photos prises par Philae et Rosetta sont-elles en noir et blanc ?
Ed : Y a-t-il une caméra qui pourra nous donner des photos en couleur à bord, comme Curiosity sur Mars) ?
Philippe Lamy : Il faut bien comprendre qu'une caméra scientifique destinée à faire des mesures très précises est monochrome. On peut faire de la couleur en combinant des images, car il y a des filtres qui prélèvent dans le spectre visible du bleu, du vert, de l'orange, du rouge, pour simplifier. On est donc capable de reconstituer des images en couleur, mais ça n'a pas grand intérêt. Si on regarde la comète avec un filtre orange ou vert et qu'on la regarde avec un filtre orange ou rouge, on verra strictement la même chose.
Philae et Rosetta se sont séparés mercredi 12 novembre, peu après 10 heures.
Nongtaba : Quelles sont les prochaines étapes si la mission tient toutes ses promesses ?
Philippe Lamy : La campagne prévue, c'est de faire fonctionner Philae aussi longtemps que possible, avec une priorité, dans les premiers jours, aux instruments et à la transmission de leurs résultats. Des mesures sont effectuées en parallèle sur l'orbiteur. Et lorsqu'il y aura une diminution ou un arrêt de l'activité de Philae, Rosetta va reprendre son programme d'observation avec l'ensemble de ses instruments.
Nicolas H : Qu'adviendra-t-il de Rosetta et Philae à la fin de leur mission ?
Philippe Lamy : Philae, difficile à dire. Tout dépend s'il est bien ancré ou non. A terme, il pourrait être éjecté par les gaz lors de passage au périhélie. Même s'il est ancré fermement, il ne pourra pas rester indéfiniment car les comètes s'érodent progressivement, donc le sol environnant va disparaître petit à petit. Rosetta, elle, va continuer à accompagner la comète jusqu'en décembre 2015.
Fanny : Le succès de cette si longue mission pourrait-il conduire à reproduire ce type de projet ?
Philippe Lamy : On fait rarement, pour ne pas dire jamais, la même mission spatiale. On essaie toujours de progresser. Il y a un projet aux Etats-Unis qui consisterait à avoir un module qui se déplacerait par petits sauts sur la surface d'une comète. Mais c'est dans les projets, rien n'est décidé.
PHILAE : CE QUI MARCHE, CE QUI NE MARCHE PAS.
Image prise par le module Philae, dont on aperçoit l'un des trois pieds, de la comète "Tchouri".
Huit sur dix : ainsi pourrait-on résumer, d’un chiffre, la situation après l’atterrissage de Philae sur la comète « Tchouri ».
Sur les dix instruments embarqués à bord du module largué par Rosetta, huit ont été testés, certains même activés dès les premières heures passées par le robot sur la comète. Les scientifiques ont dû surseoir à la mise en service des deux autres. En effet, si Philae s’est bien posé sur sa cible, à quelque 510 millions de kilomètres de la Terre, il s’y maintient pour le moment en équilibre sur ses trois pieds. Les deux harpons qui devaient le tenir au sol ne se sont pas déployés. Il n’est donc pas ancré à la surface.
D’ores et déjà, cinq instruments ont commencé leur travail :
Civa : conçu par l’Institut d’astrophysique spatiale, à Orsay, il contient sept caméras miniaturisées identiques qui permettent de réaliser les images panoramiques de la surface de la comète et de reconstruire la structure de celle-ci en trois dimensions. Civa dispose également d’un microscope visible et d’un imageur hyperspectral qui permettront d’étudier la composition moléculaire et minéralogique des échantillons, lorsque ceux-ci auront été collectés.
Rolis : cette petite caméra orientée vers le bas a permis de montrer les premières vues rapprochées du site d’atterrissage lors de la descente. Désormais, Rolis fera des études de haute résolution de la structure et de la minéralogie de la surface.
Consert : cette sorte de radar a pour objectif de sonder le cœur de la comète. Il fonctionne par un échange de données entre Philae et Rosetta. La sonde en orbite transmet une onde radio qui traverse la structure de la comète, atteint Consert, qui immédiatement renvoie le signal vers la source. La variation du délai de propagation lorsque l’onde passe à travers les différentes parties du noyau permet d’en déterminer la structure.
Romap : cette expérience multicapteurs a pour objectif de mesurer le champ magnétique et les ondes plasma émises par la surface en fonction de la distance de la comète au Soleil. Les différents instruments, situés sur un mât court, y recueillent le champ magnétique, la pression locale ainsi que les ions et électrons présents à la surface.
Sesame : il est composé de trois instruments qui mesurent les propriétés des couches externes de la comète : deux relèvent les propriétés mécaniques et électriques des couches externes, qui sont des indicateurs de l’histoire de l’évolution de la comète. Le troisième étudie la distribution de masse et de vitesse des particules de poussières émises par la surface. La plupart des capteurs se trouvent sous les semelles du train d’atterrissage.
Trois autres instruments ont été testés, sont prêts à fonctionner, mais dépendront de la capacité à relever des échantillons:
SD2 : c’est la perceuse de Philae. Installée sur le balcon du module et exposée à l’environnement cométaire, SD2 doit creuser à 250 mm sous la surface pour prélever des échantillons. Elle n’a pas pu être mise en action, en raison du défaut d’amarrage du module. En revanche, les différents sous-instruments d’analyse – spectromètre, sonde de contrôle du volume, fours à moyenne (180 °C) et haute température (600 °C), point de nettoyage – fonctionnent.
Ptolemy : cet analyseur de gaz doit permettre de comprendre la géochimie des éléments légers relâchés par la comète, tels que l’hydrogène, le carbone, l’azote et l’oxygène.
Cosac : il doit identifier et quantifier les composés cométaires volatils, notamment les molécules organiques complexes. Comme Ptolemy, il utilise les échantillons prélevés qu’il chauffe dans les fours.
Enfin, deux instruments embarqués n’ont pas encore été déployés. Les scientifiques redoutent que leur action ne soulève le module ou le déstabilise : en effet, la gravitation est si faible sur « Tchouri » que les 100 kilos de Philae n’y « pèsent » qu’un gramme.
APXS : son objectif est de relever des échantillons pour déterminer la composition chimique du site d’atterrissage et son altération éventuelle au cours de l’approche du Soleil. Les données recueillies doivent permettre notamment de comparer la poussière de « Tchouri » aux différents types de météorites connus.
Mupus : l’objectif de cette expérience est de comprendre les propriétés de la matière et son évolution en fonction de la rotation de la comète et de sa distance au Soleil, mais aussi ses modifications en fonction du temps et de la profondeur. Mupus est principalement composé d’un pénétrateur déployé par un bras qui abrite différents capteurs (profondeur, température) et d’un système de cartographie thermique de surface.
ROSETTA : MÊME AVEC " UN PIED EN L'AIR " PHILAE " FONCTIONNE BIEN **
La surface de la comète "Tchouri".
La communication entre le robot Philae, qui s'est posé mercredi 12 novembre sur la comète « Tchouri », et la sonde Rosetta « est restée intacte », même si le module a « un pied en l'air » et « deux pieds sur le sol », a indiqué jeudi 13 novembre Stephan Ulamec, responsable de Philae au Centre allemand pour l'aéronautique et l'aérospatiale (DLR Deutsches Zentrum für Luft und Raumfahrt).
Plus tôt, Philippe Gaudon, chef du projet Rosetta au Centre national d'études spatiales (CNES), à Toulouse, avait dit que le robot était « sans doute sur une pente fortement inclinée ». Mais au vu des photos qu'il envoie, le module « semble entouré de falaises » et donc « assez bloqué ».
« Nous pouvons lui envoyer des commandes et il nous envoie des données. (...) Tous les instruments scientifiques à qui on avait donné l'ordre de travailler cette nuit [soit huit sur dix] ont fonctionné correctement ».
Les clichés pris par le robot révèlent également qu'il se trouve dans un endroit peu ensoleillé, ce qui risque de lui poser problème pour la recharge de ses batteries. En effet, la pile, qui doit « durer cinquante à cinquante-cinq heures », « fonctionne bien et lui fournit de l'énergie », a précisé Philippe Gaudon, mais quand elle sera épuisée, il est prévu que les panneaux solaires de Philae prennent le relais pour alimenter des batteries rechargeables.
L'Agence spatiale européenne précise que pour se déloger de l'endroit où Philae se trouve, le module a « juste besoin de rebondir une fois de plus », ce qui serait possible en activant l'équipement d'atterrissage du robot. Une manipulation qui n'est cependant pas envisagée pour l'instant, car elle est trop délicate étant donné la position de Philae.
ZONE D'OMBRE
Les scientifiques ont également donné des détails sur la manière dont le robot s'est posé sur la comète mercredi. Après son atterrissage, Philae a en effet effectué un premier rebond, car les harpons censés lui permettre de s'ancrer à la surface de la comète n'ont pas fonctionné. Philae s'est ensuite reposé, avant d'observer un nouveau rebond, plus petit cette fois.
« Les données de l'atterrissage nous montrent deux bonds : le premier a duré près d'une heure et le robot a sans doute fait un bond d'un kilomètre de haut », a précisé Stephan Ulamec. « Nous savons où nous avons touché le sol la première fois, mais nous ne savons pas exactement où nous sommes actuellement. »
FORAGES REPOUSSÉS
Largué de la sonde européenne Rosetta, Philae s'est posé avec succès sur 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, « Tchouri », au terme d'une chute libre de sept heures. Etant donné qu'il n'est pas parfaitement amarré à la comète pour le moment, l'équipe scientifique a décidé que les deux forages que Philae devait effectuer ne débuteraient pas dès ce soir. « On ne les a pas encore annulés, mais cela paraît difficile tant qu'on n'est pas harponné [...], sinon l'atterrisseur risque de se soulever », a expliqué Philippe Gaudon.
« Notre priorité est de continuer à faire des analyses scientifiques sans rien bouger », a-t-il continué. Le robot va radiographier l'intérieur de la comète, étudier son magnétisme, faire des images du sol, analyser les molécules complexes dégagées par la surface.
La mission du robot est notamment de trouver sur le noyau de la comète des molécules organiques qui auraient pu jouer un rôle dans l'apparition de la vie sur Terre, les comètes étant les objets les plus primitifs du Système solaire.
Au mieux, il est prévu que Philae fonctionne jusqu'en mars. Au-delà, il est de toute façon condamné à mourir de chaleur, lorsque la comète se rapprochera du Soleil. Mais la mission « Rosetta », sera loin d'être terminée. La sonde, qui a déjà parcouru 6,5 milliards de km dans l'espace, poursuivra son escorte de « Tchouri » au moins jusqu'au 13 août 2015. C'est à cette date que la comète passera au plus près de l'astre.








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