vendredi 14 novembre 2014
JOURNAL DE BORD SAMEDI 15 NOVEMBRE 2014
Il faut faire bouger Philae pour le sauver de l'hibernation
C'est l'option très sérieusement envisagée ce 14 novembre par les équipes de la mission Rosetta. Une opération de sauvetage à 500 millions de km de la Terre.
Voici la première image envoyée par Philae depuis la comète Tchouri, laquelle a été postée sur Twitter le 13 novembre 2014. (ESA/Rosetta/Philae/CIVA)
RELAIS. Les scientifiques de l'Agence spatiale européenne (ESA) ont fait ce vendredi 14 novembre 2014 un nouveau point sur l'état de santé du petit robot Philae. L'engin est donc calé dans une zone rocheuse de l'inhospitalière Tchouri où l'ensoleillement est extrêmement faible. C'est un problème majeur, puisque lorsque la première batterie du "lander" sera épuisée, la seconde batterie, alimentée par des panneaux solaires, devait prendre le relais.
Philae échappera-t-il à l'hibernation ?
Le seul espoir pour prolonger l'activité de Philae est donc de le déplacer légèrement afin que ses panneaux captent mieux la lumière du Soleil. "C'est envisageable", déclare Philippe Gaudon (chef de projet Rosetta au CNES) dans ce point presse. "Nous réfléchissons à utiliser pour cela le volant d'inertie" reprend Stephan Ulamec, responsable en charge de l'atterrisseur au DLR (Cologne, Allemagne). Le volant d'inertie a été initialement conçu pour maintenir Philae en position horizontale au cours de sa descente. Ce dispositif, télécommandé depuis la Terre, permettrait, par son mouvement, de faire bouger Philae de quelques cm. C'est peu, mais cela représenterait quelques cm2 d'ensoleillement supplémentaires sur les panneaux solaires. Un apport d'énergie critique, qui pourrait sauver le robot de l'hibernation.
Avec l'ensoleillement actuel, "il est très improbable que le lander puisse communiquer" une fois que la première batterie sera déchargée, explique Valentina Lommatsch (DLR). "Les 1,5 heure d'ensoleillement, toutes les 12 heures, produisent en moyenne moins de 1 watt. Avec, pendant 20 mn, un pic à 3 ou 4 watts. Or le lander a besoin de 5,1 watt pour se mettre en marche. Après cela, il faut encore chauffer la batterie jusqu'à 0° celsius pour pouvoir la charger". Et la surface de la comète est, en moyenne, à -70° C ! "Pour réchauffer la batterie, il faut 50 à 60 wattheures par jour. Après cela, il faut qu'il reste suffisamment d'ensoleillement pour charger la batterie".
ENSOLEILLEMENT. Autrement dit, si Philae reste là où il est, il est de fait condamné à l'hibernation. Muet comme une bûche, il ne pourra ni effectuer d'analyses scientifiques, ni communiquer avec la Terre - par l'intermédiaire de Rosetta. Toujours dans ce scénario, le réveil de Philae pourrait avoir lieu lorsque la comète Tchouri sera beaucoup plus près du Soleil, à environ une unité astronomique de notre étoile. "L'éclairage pourrait redevenir suffisant pour alimenter Philae et le tirer de son sommeil" reprend Valentina Lommatsch. "À condition cependant qu'à ce moment là la comète n'émette pas trop de poussière qui pourrait bloquer l'arrivée de la lumière". Les jets cométaires deviendront aussi plus actifs : on ne peut pas exclure que l'un d'entre eux propulse Philae loin de sa nouvelle demeure, d'autant plus qu'il n'y est pas accroché, ses harpons n'ayant pas fonctionné.
Actuellement, Philae n'est pas en communication avec Rosetta, la sonde étant derrière la ligne d'horizon de la comète. Le robot poursuit ses opérations scientifiques, notamment sa foreuse, qui s'est déployée de 25 cm, sans qu'on sache cependant si c'était dans le vide ou si elle a pénétré le sol. L'instrument SD2 est chargé d'une mission de la plus haute importance : récupérer des échantillons sous la surface puis les distribuer à d'autres outil de Philae qui vont analyser leurs compositions. Les questions sont donc de savoir si l'analyse pourra avoir lieu, et s'il y aura assez d'énergie dans la première batterie pour que ces données puissent être transmises à l'ESA.
La prochaine communication entre Philae et Rosetta est prévue pour 21 H UTC soit 22 H à Paris. Aura-t-elle lieu ?
RÉUSSITE. Tous les instruments de Philae ont fonctionné, comme l'on confirmé ce vendredi 14 novembre l'ESA et le CNES. Mieux encore, le robot a d'ores et déjà collecté 80 % des données qu'il était censé engranger pendant sa mission.
Mission Rosetta: Philae s'est endormi après un forage de dernière minute sur la comète Tchouri
ESPACE - Posé depuis mercredi 12 novembre sur le noyau de la comète Tchourioumov-Guérassimenko, à plus de 500 millions de kilomètres de la Terre, Philae va s'éteindre après un dernier baroud d'honneur. De fait, il entre dans une période d'hibernation, interrompant ainsi la liaison avec les scientifiques. Le robot avait déjà rencontré quelques difficultés depuis son atterrissage.
Posé sur la comète "Tchouri" à plus de 500 millions de kilomètres de la Terre, Philae, à cours d'énergie "va s'assoupir sous peu", a ainsi déclaré dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 novembre le CNES, l'agence spatiale française. Il est "entré en mode veille", selon l'Agence spatiale européenne (ESA).
"Nous sommes en train de boire du champagne"
"On ne reçoit plus de données. On a perdu le contact" samedi vers 00h36 GMT (01h36 heure de Paris), a déclaré Philippe Gaudon, chef du projet Rosetta au CNES (Centre national d'études spatiales) à Toulouse (sud de la France). Selon les calculs du CNES, la batterie de Philae devait être totalement déchargée vers 03h00 heure française.
"Nous sommes en train de boire du champagne car cette mission est un succès", a ajouté Philippe Gaudon. La prochaine fenêtre de communication avec le robot est prévue samedi à 11h00 heure de Paris.
"Nous allons essayer à nouveau (ndlr: d'entrer en contact avec lui). Mais les chances de rétablir la liaison sont très très faibles", a déclaré à l'AFP Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur, depuis l'Agence spatiale européenne (ESA) à Darmstadt (Allemagne). "La batterie est en dessous du niveau nécessaire pour faire fonctionner l'ordinateur central", a-t-il dit.
Forage de dernière minute
Après trois jours de travail, "les résultats de Philae sont extraordinaires", avait estimé un peu plus tôt Marc Pircher, le directeur du CNES à Toulouse. "80% du travail du robot a été fait", avait-il assuré avant que le robot ne se remette à envoyer un flot de données en fin de soirée.
Le robot a réussi à lancer un forage de dernière minute même si on ne sait pas encore s'il a pu ramener un échantillon de la surface de la comète. "Le premier forage sur une comète est devenu une réalité!", s'est vanté Philae sur son compte Twitter.
Le robot a également entrepris une manœuvre de rotation pour permettre à ses panneaux solaires de recevoir davantage de lumière à l'avenir car la comète file vers le Soleil. "Nous n'avons pas eu d'images prouvant que cela a réussi", a nuancé Philippe Gaudon.
Philae, qui s'est posé à l'ombre entre des rochers, a d'abord fonctionné avec une pile d'une durée de vie de 60 heures. Mais ses batteries solaires qui devaient prendre le relais n'ont pas reçu assez de lumière pour lui permettre de rester actif.
En hibernation, il se réveillera peut-être cet été si ses batteries se rechargent lorsque la comète approchera du Soleil. "Nous avons bon espoir mais pas à court terme car il y a trop peu de lumière pour le moment", a ajouté M. Gaudon.
Largué par la sonde européenne Rosetta, le petit robot avait atterri mercredi en fin d'après-midi sur le noyau de la comète Tchourioumov-Guérassimenko, une première de l'histoire spatiale.
Travail d'arrache-pied
Pendant sa courte période d'activité, le robot a travaillé d'arrache-pied. Ses dix instruments ont été activés. La feuille de route du robot était notamment de trouver des molécules organiques qui ont pu jouer un rôle dans l'apparition de la vie sur Terre, les comètes étant les objets les plus primitifs du système solaire.
Ces molécules organiques pouvaient être récoltées grâce à l'échantillon au sol (qui devait ensuite être réchauffé avant de pouvoir être analysé) mais pas seulement. D'autres instruments ont "sniffé" les gaz à la surface de la comète et la récolte a été bonne.
Le robot, qui pèse 100 kg sur la Terre, a une masse d'un gramme sur la comète, a recueilli une mine d'images et de données scientifiques, transmis à la sonde Rosetta qui les a renvoyés sur Terre.
Philae a radiographié l'intérieur de la comète, étudié son magnétisme, fait des images du sol, analysé les molécules complexes dégagées par la surface.
Mission "unique à jamais"
Cette mission "est unique et restera unique à jamais", avait souligné vendredi Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta. Un bémol toutefois, l'activité du robot, qui aurait pu durer jusqu'en mars en cas de bon ensoleillement, a été écourtée.
Les scientifiques espèrent que le robot pourra sortir de son hibernation en août prochain. A ce moment-là, la comète sera "active comme un diable, elle sera très près du soleil", a dit l'un des scientifiques. Avec un peu de chance, les batteries solaires du robot emmagasineront de la chaleur ce qui lui permettrait de se réveiller et de se remettre au travail et d'envoyer les données restées bloquées faute de signal.
Philae mourra ensuite de chaleur à l'approche du Soleil. Mais la mission Rosetta sera loin d'être terminée. La sonde, qui a déjà parcouru 6,5 milliards de km dans l'espace, poursuivra son escorte de "Tchouri" au moins jusqu'au 13 août. C'est à cette date que la comète passera au plus près de l'astre.
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