samedi 16 novembre 2013

L' ESSOR DU TACTILE

Les tablettes tactiles sont la nouvelle tendance « lourde » du monde de la high-tech. Légères, pratiques, ludiques, elles sont censées « révolutionner » notre rapport à la technologie au quotidien et notre vision de l’informatique en général. Si l’idée en elle-même, n’est pas nouvelle, l’exécution apportée par l’iPad d’Apple et les tablettes qui l’ont suivi rebattent vraiment les cartes de l’innovation, désormais centrée autour de technologies tactiles jusque-là inédites pour le grand public. Les producteurs des contenus ont également dû s’y adapter en y proposant leurs produits et de nouvelles manières d’interagir avec.




Histoire, fonctionnement et évolution des tablettes, à découvrir dans ce dossier.
Si le concept de tablette date des années 1960 et la première version commerciale des années 1980, les modèles à écran capacitif revoient la manière d’exécuter des tâches courantes auparavant exécutées sur de petits écrans ou du matériel plus lourd, avec des technologies en développement et un marché matériel et logiciel en pleine construction.



L’intérêt économique et technologique est à la mesure des défis à relever pour porter sur ces nouveaux systèmes mobiles, à peine vieux de cinq ans, toute la richesse des contenus qui ont forgé l’informatique grand public et déterminer si les frontières entre smartphones, tablettes et ordinateurs sont réellement fixes.
La « révolution » affichée des tablettes n’est pas tant dans la création de nouvelles activités que dans le remodelage des existantes, vers plus d’instantanéité. Tour d’horizon d’une « révolution » qui en cache d’autres.

Ce dossier propose tout d'abord un point sur la raison du succès des tablettes, et pose la question de la réelle (ou non) révolution du produit. Il nous emmènera ensuite au fil de l'histoire des tablettes, depuis le GridPad jusqu'à l'iPad, en passant par les PDA et Tablet PC. Pour mieux appréhender cette technologie, nous verrons en détail son fonctionnement. Enfin, sera posée la question de l'évolution du produit, à travers les futures techniques des écrans et le rapprochement entre PC et tablettes.


2. Les tablettes tactiles envahissent peu à peu notre quotidien. La raison de ce succès ? Le tactile, essentiellement. Voyons plus en détail les principes technologiques qui ont fait de cet objet un compagnon quasi indispensable.


Les ventes de tablettes tactiles vont augmenter ces prochaines années, au détriment d’autres appareils, ordinateurs en tête.
Depuis deux ans, le monde technologique n’a plus que ce mot à la bouche : « tablettes ». L’arrivée de l’iPad d’Apple début 2010 a redistribué les cartes de l’innovation informatique. L’ambition affichée par la firme de Cupertino est à la mesure du succès critique et commercial que son produit a connu, avec plus de 40 millions d’unités vendues. En 2011, plus de 72 millions de tablettes tactiles de toutes marques ont été livrées dans le monde. Un succès surprenant qui trouve son explication dans un changement important.

Tablettes tactiles : un concept grand public
Ces nouveaux appareils ont ainsi tout pour plaire au grand public, qu’ils visent sans hésitation. Tous sont centrés sur un même concept : un grand écran tactile en façade, accompagné d’un nombre très limité de boutons physiques. L’appareil est fin, transportable (l’écran mesurant rarement plus de 10 pouces) et extensible avec toutes sortes d’accessoires, du clavier sans fil à la couverture « intelligente ».


Les tablettes tactiles s'enrichissent d'accessoires qui plaisent beaucoup au grand public. Un exemple : la smart cover d'Apple, pour l'iPad. © Apple
Les applications pour une utilisation simplifiée

L’interface logicielle est aussi réduite à sa plus simple expression, centrée autour de logiciels (« applications ») aussi intuitifs à installer qu’à utiliser.

Il est ainsi plus simple de consulter un site Internet rapidement, de s’adonner à un jeu immédiatement amusant ou de consulter une série TV sans les contraintes d’un ordinateur ou d’un appareil portable classique. L’idée est ici d’allumer, de consulter puis d’éteindre, sans grande considération pour l’autonomie ou la compatibilité de l’application ou du film lu, garantie par le système.

Si la simplicité est au cœur de ce nouvel objet et de ses applications, la tablette, telle que conçue aujourd’hui, est en fait réductible à une « simple » évolution du smartphone : presque réduite à son écran, elle doit s’allumer et s’éteindre très rapidement, permettre un accès instantané aux contenus et limiter à sa plus simple expression la technique, pour laisser place aux usages. En clair, tirer parti de ce qui rend les appareils mobiles efficaces : leur réactivité, de l’allumage à l’extinction.

De nombreuses références à la recherche de la plus grande simplicité, cachant une grande complexité matérielle et le combat entre fabricants de composants. © Intel Free Press, Creative Commons

Le tactile, intuitif et ludique
Cette filiation est aussi sa force. La simplicité découle du changement le plus sensible : l’interaction directe avec les contenus par le toucher ou la rotation de l’appareil, plutôt que par des contrôles indirects comme le clavier ou le stylet. Il faut ici toucher l’objet pour agir : tourner les pages d’un livre, zoomer sur un site Internet en pinçant ou diriger un personnage de jeu en tournant la tablette. Là où l’objet gagne en intuitivité, il perd en précision et les interfaces doivent être adaptées pour le doigt, notamment en augmentant la taille des boutons, comme le recommande le spécialiste de l’ergonomie Jakob Nielsen.

Une dernière clé du succès des tablettes réside dans l’accès à ces contenus, désormais regroupés dans des magasins officiels. Tous les contenus sont regroupés dans des magasins identifiés et simplement accessibles. Apple a ainsi équipé ses iPad de différents catalogues pour les applications (l’AppStore), les livres (iBooks) ou la musique, les films et séries (l’iTunes Store). Son principal concurrent, Google, avec son système Android, regroupe ces espaces de téléchargement dans son Google Play (anciennement Android Market). Largement mises en valeur, ces applications affichent une offre riche, où aucune contingence technique, comme la gestion des fichiers, ne vient briser l’expérience de consultation.

L’objet s’intègre enfin dans un « écosystème » logiciel, défini par le système d’exploitation utilisé et le constructeur. Ainsi, les téléchargements effectués sur les magasins disponibles sur tablette sont liés à un compte stocké en ligne. Pour les iPad d’Apple, il s’agit d’iTunes, quand la plupart des tablettes Android ont leurs téléchargements stockés sur les comptes Google. La plupart, car certains constructeurs, comme Amazon, proposent des alternatives au Google Play pour proposer leurs propres espaces de téléchargements sur leurs tablettes, auxquels sont liées les données de l’utilisateur.


3.Perçues comme innovantes, voire révolutionnaires, elles modifient notre rapport à notre usage quotidien de l’informatique. Pourtant, ces objets nés du succès des smartphones tactiles ne bouleversent pas la réflexion autour de la technologie, loin de là. Mais ils changent l’accès et l’usage des contenus, et amènent le smartphone, la console de jeux et l’ordinateur à converger vraiment. Mais ce qui est présenté comme une révolution est plutôt une évolution...


Les tablettes bénéficient d'une technologie évoluée, basée sur des concepts existants, mais développés. Ici, l'iPad 2, sorti en mars 2011, dont la nouveauté mise en avant était sa plus grande finesse (33 %) par rapport au premier iPad. © Apple
Si les usages au cœur de ces tablettes modernes sont simplifiés, ils ne sont pas originaux. Par sa jeunesse, le format tablette est surtout utilisé pour des activités « évidentes », très largement tournées vers la consommation de contenus plus que vers leur production. La « révolution » affichée des tablettes n’est pas tant dans la création de nouvelles activités que dans le remodelage des existantes, vers plus d’instantanéité. La tablette amène le smartphone, la console de jeux et l’ordinateur à converger.

Pour autant, il y a des limites. Quand l’écran lui-même devient l’interface, l’utilisation devient plus ludique mais également moins aisée pour des actions demandant une grande précision ou de l’endurance. Si une tablette convient à une écriture courte, comme un e-mail, la surface de l’écran n’égale pas le confort d’un clavier pour des séances plus longues. De même qu’un stylet ou une souris sont nécessaires pour dessiner avec détails. Ce sont ces utilisations immédiates et ludiques que les constructeurs encouragent, par leur communication et la mise en avant d’applications et de contenus utiles, amusants mais peu productifs.


L’iPad, idéal pour la présentation de photographies et de vidéos, moins pour la production de contenus sans accessoire externe.
© Tatsuo Yamashita, Creative Commons
Ces usages sont surtout en pleine construction, et il s’agit, aujourd’hui, bien plus d’un outil de consultation et de présentation que de création de contenus, multimédia ou non. De grandes entreprises, comme Adobe (à l’origine du logiciel graphique Photoshop ou de montage vidéo Premiere), s’intéressent à ce nouveau format et offrent pour le moment des versions très simplifiées de leurs logiciels destinés aux PC, à la fois pour tenir compte d’un matériel moins puissant et d’un contrôle (le doigt) gérant difficilement les interfaces complexes. Des limites qui, dans le futur, devraient trouver leurs contournements.

La tablette est, au final, rien moins que le symbole de l’ère « post PC ». La vision « post PC » est celle d’une informatique non plus limitée à l’ordinateur, mais intégrée partout dans l’environnement quotidien. Depuis 2007, Apple enrichit ce thème avec ses « iDevices », les iPhone et iPad, qui empiètent peu à peu sur les usages avant dévolus à l’ordinateur, fixe ou portable, par les actions les plus simples et communes, la consommation de jeux, de sites Web et de multimédia.

Au point de mettre à mal l’offre la moins qualitative côté PC. Quand l’année 2009 était celle des netbooks, ordinateurs ultra portables destinés à une utilisation légère, 2011 a été celle de leurs concurrents « tout tactile », lancés l’année précédente. Avant roi, le netbook est en passe de se marginaliser, au point que de nombreux constructeurs abandonnent aujourd’hui sa production au profit du format à la mode, à la manière de Sony, Dell ou Samsung. Si la disparition du PC n’est pas pour demain, ces nouveaux objets amènent ceux-ci à évoluer vers de nouveaux formats plus intuitifs et surtout, plus légers.


4.Si la tablette telle que nous la connaissons est récente, le principe est lui bien plus ancien. Contrôlées au clavier ou au stylet, ces tablettes tactiles ont évolué pour inspirer la vision d’un objet autonome et immédiat, dont la conception est étonnamment fidèle à celle d’origine, commercialisée il y a plus de vingt ans de cela. Voyons l'itinéraire de cet objet technologique, ici du GridPad au Tablet PC.


GridPad, première tablette tactile grand public, arborait le stylet qui marquera les appareils de productivité mobiles des années 1990. © Mashable.com
GridPad, première tablette, née en 1989

C’est ainsi qu’en 1989 est arrivée sur le marché le GridPad de Grid Systems. Une tablette dotée d’un écran résistif de 10 pouces et d’un stylet, tablant déjà sur une grande simplicité dans la forme. Seuls quelques boutons accompagnent l’affichage en façade, sans plus de fioritures. L’une de ses innovations majeures étant de peser un peu plus de 2 kilogrammess, un exploit pour l’époque. Un exploit dû au travail de l’entreprise au service de Grid Systems : Samsung, qui planchait déjà sur un produit similaire.

Si le succès commercial fut réduit, le GridPad trouva sa place au sein de certaines institutions et à l’armée américaine dans une version « durcie », plus résistante. L’objet, qui aurait inspiré Palm pour son second assistant personnel (PDA), le PalmPilot, a continué son évolution dans les années 90, en conservant la même conception.

Est ensuite arrivé l’AT&T EO, en 1993, du nom de l’actuel premier opérateur mobile américain, utilisant le système d’exploitation PenPoint OS, déjà commun à d’autres marques à l’époque. Il est l’un des premiers appareils nomades à tenter la convergence d’usages bien éloignés, par son système téléphonique, son modem ou encore sa sortie VGA, qui le destinait autant à la communication orale (téléphone) qu’écrite (e-mail, fax et traitement de texte).



Les différentes générations d’Apple MessagePad sorties dans les années 1990. Le modèle de la tablette tactile a ensuite été abandonné par Apple jusqu’à l’introduction de l’iPad en 2010. © Christopher W., Creative Commons
Son prix supérieur à 1.000 dollars l’a écarté du grand public, forçant l’opérateur à fermer les sociétés GO et EO, à l’origine de l’OS et du matériel, qu’il avait acquis par la suite. AT&T avait également développé son propre processeur, le Hobbit, optimisé pour le langage de programmation C. D’autres tablettes animèrent la décennie, apportant entre autres l’écran couleur, une simplification et un amincissement de ces machines.

Quand les années 1990 ont été marquées par un esprit d’expérimentation fort, aussi technique qu’ergonomique, les années 2000 ont vu l’émergence d’un nouveau concept poussé par Microsoft : le Tablet PC. Motorisé par une version spécifique de Windows XP sortie en 2002, ces appareils conservent le désormais classique couple écran résistif et stylet. L’objectif est bien entendu ici de faciliter les usages d’un ordinateur classique par le format et l’interface tactile.

La taille d’écran évolue peu, restant proche des dix pouces du GridPad de 1989. Les Tablet PC ont pourtant été une zone de créativité dans les formats et les combinaisons de contrôles. Ainsi, hors de la « slate » plate classique, sont arrivés des modèles hybrides en format PC portable avec écran tactile rotatif (comme le Portege 3500 de Toshiba) et des tablettes connectables à un dock contenant un clavier. Le passage à Windows 7 a permis de poursuivre ces innovations, notamment avec des appareils à double écran.


5. Apple travaille non-stop pour proposer des appareils toujours plus innovants. Dans les années 1970 apparaît le Dynabook, vingt ans plus tard sortira le premier PDA : MessagePad, en concurrence avec le premier ThinkPad d’IBM.


Un prototype du Dynabook, conçu il y a quarante ans par Alan Kay, précurseur des générations de tablettes l’ayant suivi. © Marcin Wichary, Creative Commons
Alan Kay et la quête du ludique chez Apple

En 1972, Alan Kay, figure de la marque Apple, imagine le Dynabook, l’un des premiers concepts d’ordinateur portable, un objet plat disposant d’un clavier et d’un large écran.

Pour lui, ce doit être un outil d’éducation et de divertissement (livre, télévision, piano…), destiné aux enfants, où il ne serait plus passif mais maître des contenus affichés. L’objet devra également être moins cher qu’une télévision. Il rejoint Apple en 1984 et contribue largement au succès de la marque par son travail sur l’interface graphique et, plus largement, l’interaction entre l’Homme et la machine.

EO et MessagePad, une courte vie

En 1993, Apple lance le « Newton » (ou MessagePad), l’un des premiers PDA du marché. En concurrence frontale avec l’EO d’AT&T et le premier ThinkPad d’IBM, l’objet a peiné à se démarquer. Ses fonctions de reconnaissance de l’écriture, d’envoi d’e-mail et de fax étaient déjà proposées par la concurrence, qui n’a pas non plus convaincu le grand public. L’aventure MessagePad prend fin en 1998, emporté par les déboires financiers de la firme à la pomme.


6. Fin des années 2000, deux produits connaissent un succès considérable auprès du grand public : l'iPhone et l'iPad. L'itinéraire cahoteux de la tablette s'affine.




Star des smartphones, l'iPad sort en 2007. © Apple
Le tactile capacitif multipoint, brevet d'Apple

En 2007, Apple sort l’iPhone, le smartphone tactile de référence, simplifiant les usages des équivalents classiques de BlackBerry ou Nokia. Au cœur de l’appareil, réside une technologie brevetée par Apple : le tactile capacitif multipoint, ouvrant le champ d’interactions plus ludiques.

2010, naissance de l'iPad

Trois ans plus tard sort l’iPad, une tablette de 10 pouces de moins de 700 grammes, fondée sur les mêmes technologies que le mobile. Le modèle est destiné à des usages peu, voire pas, abordés par les autres tablettes : le divertissement. Internet, création artistique, jeu… Apple apporte au grand public un outil d’éducation et de divertissement simple, au prix d’un ordinateur portable.

L’iPad a profondément modifié l’approche ergonomique de la tablette, qui se doit maintenant de limiter les contrôles indirects, en passant par le tactile ou la voix, et de rendre amusantes les interactions avec l’objet, par une approche graphique plus animée. Ces deux objectifs ont guidé l’évolution récente des systèmes concurrents, comme Android de Google, webOS de Palm (désormais HP) ou encore Windows 8 de Microsoft, décidé à abandonner le stylet pour ses appareils grand public.

Après deux décennies d’une lente évolution des tablettes, le lancement de l’iPad début 2010 a été celui d’un modèle à écran 10 pouces à coût raisonnable, très léger et surtout délivré de l’éternel stylet. Avec son écran capacitif et son interface issue du smartphone d’Apple, l’objet signe une rupture immédiate, en s’intégrant pourtant dans l’histoire de la firme.


7. Les technologies au cœur des tablettes apportent une nouvelle manière d’interagir avec l’information, sur des appareils à la croisée du smartphone et de l’ordinateur. La plupart descendent directement des avancées créées pour motoriser les smartphones de type iPhone.



Le matériel des tablettes est celui des smartphones, mais leur architecture et leur technique d'écran les font s'en démarquer. Le design tout intégré de l’iPad lui permet un agencement compact de ses composants, en priorité l’écran qui constitue désormais l’élément central de l’appareil. © Brett Jordan, Creative Commons
Du processeur à la mémoire en passant par les puces Wi-Fi et 3G, les tablettes sont les sœurs jumelles des smartphones, auxquels elles empruntent le matériel. L’innovation technique est la plupart du temps d’abord amenée par les téléphones avant d’être portée sur leurs grandes sœurs.

Comment les tablettes se démarquent-elles des smartphones ?

L’un des points cruciaux est l’architecture, complètement différente de celle du PC actuel (Intel x86), développée par un lot restreint de sociétés dont le désormais célèbre ARM, et ses chipsets Cortex Ax. ARM fournit ainsi aux sociétés une architecture à partir de laquelle elles créent leurs processeurs à l’image d’Apple (Ax), Nvidia (Tegra) ou Samsung (Exynos), qui évolue au fil des mois. Tous ont pour but d’imiter les performances du PC en minimisant au maximum la consommation.

Un point sur lequel les tablettes se démarquent des smartphones est la technologie utilisée pour les écrans. Les technologies crées pour les smartphones (Apple Retina, Samsung Amoled) sont difficiles à produire industriellement en plus grand format. Pour pallier ce problème, les sociétés incluent le meilleur des dalles TFT. Apple utilise ainsi l’IPS, une amélioration des dalles TN classiques, perfectionnant les angles de vue et le contraste. Samsung, pour sa Galaxy Tab 10.1, a lui développé le Super PLS, évolution de l’IPS, à la luminosité supérieure.


8. L'apport emblématique des appareils tactiles, les gestes à plusieurs doigts, tire parti d'une technologie qui s'est rapidement répandue : les écrans capacitifs multipoints. Quel est le principe de ce procédé phare des tablettes ?



Le brevet déposé par Apple sur les écrans tactiles multipoints est à l’origine de nombreux démêlés judiciaires avec ses concurrents qui ont repris son mode de fonctionnement. © PatentlyApple.com
En décembre 2011, Apple a obtenu la paternité d’un brevet déposé en 2007, décrivant une méthode de détection de contacts multiples de doigts sur un écran. Cette technologie est fondée sur le travail de la société spécialisée FingerWorks, acquise en 2005 par la firme de Cupertino.

Le principe du tactile capacitif multipoint

La partie capacitive des écrans tactiles consiste en deux éléments : une plaque de verre et une série de condensateurs sous cette surface, chargés de détecter le contact. Ces minuscules condensateurs génèrent un léger champ électrostatique, conduit à travers le verre jusqu’au doigt. Les condensateurs sont disposés en deux strates, séparées par une couche de matière isolante. Sur les appareils Apple, ils sont placés en lignes parallèles, à angles droits. D’autres constructeurs préfèrent un agencement en grille.




Chaque contact avec l’écran tactile déclenche une perturbation électrique. © Interfacetactile.com
Le comportement de l’ensemble des condensateurs est contrôlé par une puce dédiée (ASIC), qui leur applique une tension de référence (état inactif) et surveille toute variation. Au contact avec une matière conductrice, comme un doigt, l'électricité du condensateur ciblé se décharge et crée ainsi une perturbation de son champ électrostatique. La puce détecte en temps réel cette perturbation et se charge, par un algorithme de calcul, de la localiser et de déterminer sa nature (durée de l’appui, mouvement, force appliquée…). Elle envoie ensuite le signal au système qu’une interaction s’est produite. Le système d’exploitation se charge enfin de convertir l’information en interaction concrète.


Le multipoint, qui n’est permis que par cette technique « capacitive », consiste simplement à permettre la détection de plusieurs perturbations simultanément. L’évaluation du sens du mouvement et du niveau de pression permet autant de faire défiler une liste que de varier l’intensité d’un trait dans une application graphique.


Les écrans résistifs réagissent selon la pression appliquée, permettant entre autres de facilement évaluer le poids appliqué et diversifier la réponse du système selon ces pressions. © PCPro.co.uk


9. La part logicielle des tablettes tactiles est confiée à des systèmes d’exploitation communs entre smartphones et tablettes. iOS d’Apple domine ainsi largement le marché quand son principal rival, Android, est attendu en force pour 2012. Les deux OS sont basés sur Unix et adaptés à l’architecture ARM mais relèvent de deux philosophies différentes.



La Motorola Xoom utilise une version non modifiée d’Android et est ainsi facilement mis à jour par son constructeur. Elle a été la première tablette à recevoir le système d'exploitation Android 4.0. © Sham Hardy, Creative Commons
iOS d'Apple, logiciel très contrôlé

iOS, logiciel au code fermé développé par Apple, considère une séparation nette entre le smartphone (iPhone) et la tablette (iPad). Les versions du système et les applications sont séparées. L’accueil est assuré par une liste d’applications, uniquement téléchargeables par l’AppStore fermement contrôlé par Apple, à priori. La firme applique des règles très strictes en termes de qualité graphique et ergonomique, avec des standards élevés. Ces applications doivent être cohérentes et font parfois appel à des analogies avec le monde réel, comme un affichage imitant un livre pour iBooks.

Le contrôle est aussi technique : les applications doivent toutes être exécutées en Objective C, le langage de programmation natif de l’OS, créé par la firme de Cupertino. Aucun code émulé n’est permis, comme les technologies Adobe Flash ou Oracle Java. Une application ne doit pas non plus pouvoir émuler du code, comme le fait le moteur de rendu Web du navigateur web Firefox (Gecko), différent de celui du navigateur par défaut Safari (Webkit).

Android de Google, logiciel ouvert

Android est lui développé par Google, avec un code source ouvert à la communauté ; chacun pouvant donc en créer sa propre version. Le système considère que les smartphones et tablettes se différencient avant tout par la taille de l’écran et son orientation, sans frontière fixe. L’accueil est centré autour d’un bureau contenant des liens posés par l’utilisateur et des widgets, avec une liste d’applications disponible par un clic.

Par sa nature ouverte, Android se différencie d’iOS par des règles ergonomiques bien moins strictes. Un contrôle plus léger, à posteriori, est appliqué au magasin officiel, Google Play, ne sanctionnant que les plagiats et les applications malveillantes. Beaucoup de ces applications sont codées en Java et exécutées par une machine virtuelle, Dalvik, qui l’interprète en code natif, impactant légèrement les performances.

Avec la dernière version 4.0 (Ice Cream Sandwich), sortie en novembre 2011, Google insiste bien plus sur les règles ergonomiques, en améliorant les outils de développement (interface et débogage) et une documentation, bien plus riche et précise. La sanction, contrairement au modèle Apple, n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Sur Android, une application peut être à la fois adaptée aux smartphones et aux tablettes, avec un agencement de l’interface s’adaptant à l’espace disponible ; là où Apple privilégie les interfaces à taille fixe pour son système iOS, sacrifiant la flexibilité à la précision.



10. Futura-Sciences a questionné Louis Naugès, expert de l’informatique « post-PC » et cofondateur de Revevol, société spécialisée dans le cloud computing pour entreprises. Il nous donne son avis sur l'utilisation des tablettes tactiles, leurs avantages et leurs inconvénients par rapport aux PC.

L’arrivée massive des tablettes modifie notre rapport à la consommation d’appareils et de services informatiques. Sur un objet à la croisée du smartphone et du PC, de nouveaux services en ligne se développent pour stocker applications et documents utilisables sur ces nouvelles machines.

Les tablettes sont en marche pour prendre le pas sur ces autres outils informatiques, y compris en entreprise où le matériel personnel des employés est désormais utilisé dans un cadre professionnel. Ce mouvement de « consumérisation de l’IT » pose de nombreuses questions sur la cohabitation entre tous ces appareils et la place croissante que prennent les services d’informatique en nuage (cloud computing) dans le quotidien professionnel. Pour y voir plus clair, voici l’avis de Louis Naugès, expert de l’informatique « post-PC » et cofondateur de Revevol, société spécialisée dans le cloud computing pour entreprises.




Les tablettes accélèrent l’arrivée des appareils personnels au travail, tout comme les smartphones (appareils utilisés pour accéder aux applications professionnelles, pourcentage d'appareils personnels en jeune et d'appareils professionnels en rouge,  comparaison entre 2010 et 2011). Cette gestion est un nouvel enjeu important pour les entreprises. © ZDNet.fr
Les tablettes s'immiscent dans la vie quotidienne et dans l'entreprise. En posséder une change-t-elle les habitudes de ces utilisateurs ?

Les tablettes peuvent être vues de deux manières différentes, comme substituts d’autres outils, smartphones ou PC portables, ou comme vecteurs de nouveaux usages, et ces deux familles d’usages sont complémentaires.

En substituts d’autres objets, les principaux usages sont :

l’accès à sa messagerie, plus confortable qu’un smartphone, moins efficace qu’un PC portable dès que l’on souhaite rédiger des réponses un peu longues ;
la navigation Web, l’un des usages les plus agréables sur tablettes, surtout de 10 pouces ;
le partage de contenus (présentations de produits, de supports de conférence...), la convivialité est bien meilleure que dans le cas d’un PC portable, et c’est probablement un grand plus dans des métiers commerciaux.
C’est bien sûr dans les nouveaux usages qu’il faut voir les principaux apports des tablettes. La « consommation de médias » est la véritable « killer app »: il suffit de regarder ce que font les utilisateurs de tablettes dans les trains ou les avions pour s’en rendre compte.

Quels sont les usages actuels des tablettes ? Comment cohabitent-elles avec le reste des appareils ? Sur quels points sont-elles complémentaires du PC ?

Dans les entreprises, j’ai surtout rencontré des dirigeants et des cadres supérieurs qui consomment beaucoup de contenus, visualisent des documents, des tableaux, des présentations mais qui créent peu de contenus eux-mêmes et gèrent leur messagerie.

Plus le ratio entre consommation et création de contenu est en faveur de la consommation, plus les tablettes sont des choix logiques.

Quelles sont, selon vous, les principales lacunes des tablettes face à un ordinateur classique pour une utilisation quotidienne ?

L’absence d’un véritable clavier physique est la principale différence avec un PC portable, mais de plus en plus de fournisseurs, tels que Lenovo ou Asus proposent des claviers qui transforment la tablette en… PC portables ! Cette combinaison « tablette et clavier physique » peut devenir un redoutable concurrent des PC classiques mêmes si ces derniers pourraient ajouter, en 2012, les fonctions tactiles !

Pour des utilisations Web et cloud, ce qui est le cas chez Revevol, l’absence d’applications lourdes « historiques », telles que Microsoft Office, n’est pas un handicap mais peut le devenir pour des utilisateurs classiques, qui ont du mal à abandonner leur Excel favori.

J’ai utilisé pendant quelques mois une tablette iPad et j’ai pu vérifier que les versions des logiciels tablettes et PC portables ne sont pas toujours totalement compatibles. Dans mon cas, j’utilisais Keynote, l’équivalent Powerpoint d’Apple, et les transferts de présentation entre les deux plateformes se traduisaient par des différences qu’il fallait corriger à chaque fois.

Différents systèmes d'exploitation se confrontent sur ce marché. Lequel, selon vous, est le plus à même d'offrir une alternative viable à l'ordinateur classique, à la maison ou en entreprise ? Comment voyez-vous ces systèmes évoluer pour le devenir ?

iOS d’Apple est encore aujourd’hui, au début de 2012, l’OS dominant des tablettes. Android est en numéro 2 et je pronostique qu’il va se produire sur les tablettes ce que l’on a vécu sur les smartphones. Dans les 12 mois qui viennent, l’arrivée de dizaines de tablettes Android à des coûts très compétitifs, sous l’influence de la Kindle Fire d’Amazon, fera qu’il se vendra plus de tablettes Android qu’iOS.

Les autres OS ?  QNX de RIM (BlackBerry) sera-t-il encore en vie fin 2012 ? Rien n’est moins sûr et je pense que leur priorité va être, en 2012, la survie de leur marché des smartphones, en chute libre depuis 12 mois.

Windows 8 sera disponible à partir de 2013. Il devrait se produire avec les tablettes ce que l’on constate avec les smartphones : deux OS qui dominent et ne laissent que quelques % à leurs concurrents.

Quelles implications a l'intégration poussée des services « en nuage » (cloud) avec ces matériels ? Cette intégration est-elle amenée à perdurer ?

La décennie 2010 - 2020 sera celle du cloud computing, que je préfère maintenant appeler Cloud IT et Cloud Business, expression moins réductrice que cloud computing.

Dans ce contexte, la demande des utilisateurs est clairement de pouvoir accéder à toutes leurs applications, « Any where, Any time, Any device » (partout, tout le temps, sur tout support). Les tablettes vont accélérer cette demande de solutions cloud et la banalisation de ces solutions va rendre plus facile l’utilisation des tablettes ! C’est donc un cercle vertueux entre le cloud et les tablettes, chacun aidant l’autre à grandir.

Les tablettes, dans un futur proche, peuvent-elles menacer l'ordinateur en tant qu'appareil informatique principal ? Comment l'offre PC s'adapte-t-elle à cette concurrence ?

Tous les constructeurs d’objets mobiles aimeraient bien avoir la réponse à cette question !

Il est clair que le marché des PC portables (surtout des netbooks) va souffrir de la concurrence des tablettes, mais je ne pense pas que la majorité des utilisateurs actuels de PC portables ou de Macbook Air vont les remplacer par des tablettes.

Ce sera très différent dans les pays en émergence, où les PC actuels sont peu répandus. Smartphones et tablettes devraient, rapidement, y constituer l’essentiel du marché. Pour une personne venant du téléphone mobile, un écran de 7 ou 12 pouces est un écran géant !

Une répartition un tiers PC portables, un tiers smartphones et un tiers tablettes en 2015 ne me paraît pas une hypothèse déraisonnable. Je fais l’hypothèse suivante : en 2015, on croisera deux familles d’utilisateurs, ceux qui ont un smartphone et un PC portable et ceux qui ont remplacé les deux par une tablette.


11. Le tout jeune marché des tablettes tactiles capacitives est déjà un terrain de rude bataille entre les grands constructeurs informatiques, rivalisant d’arguments techniques et d’usages pour attirer à eux les utilisateurs. Sauf que très peu d’entre eux peuvent prétendre au succès, voire à la rentabilisation de la démarche. Parmi eux, Apple a su tirer son épingle du jeu, devenant l'emblème des tablettes, et Amazon se place efficacement sur le marché avec une liseuse améliorée, qui tend vers la tablette.



La plupart des tablettes arborent une silhouette similaire pour des différences plus profondes, notamment l’ergonomie ou la présence de puces 3G. Apple en est à l'iPad 3, Amazon se lance sur le marché avec la Kindle Fire, sorte de mix entre liseuse et tablette. © BestBoyZ Germany, Creative Commons

L'iPad d'Apple domine le marché des tablettes
Lancée début 2010, la gamme de tablettes d’Apple, l’iPad, domine largement le marché qu’elle a ouvert, avec 61 % des ventes au troisième trimestre 2011 selon IDC. La concurrence, qui n’a su arriver que l’année dernière, risque de s’intensifier en 2012 avec de nombreuses tablettes sous la dernière version d’Android, Ice Cream Sandwich, attendues chez de nombreux constructeurs. Apple, lui, continue sur sa lancée avec la production d’un iPad 3, appelé nouvel iPad, sorti en mars 2012.

Le modèle le plus en vue reste l’iPad 2, le plus communément associé au terme « tablette ». Équipé d’un processeur Apple A5 double cœur (1 Ghz), il exploite un écran de 9,7 pouces en 1024 x 768 et pèse à peine plus de 600 g. Il existe en deux versions, Wi-Fi et 3G, déclinées en trois tailles de disque (16, 32 et 64 Go) pour un prix minimum de 479 euros. L’écosystème contrôlé par Apple, la navigation Web simplifiée et les évolutions régulières du système en font une valeur sûre pour entrer dans le monde des tablettes.

Amazon a surpris en fin d’année 2011 avec le succès de sa tablette 7 pouces Kindle Fire aux États-Unis. Vendue 200 dollars pour un matériel en léger retrait face à la concurrence, elle exploite une version d’Android complètement remaniée par la firme, transformant la tablette en objet tourné vers la consommation de médias et d’applications au travers des magasins embarqués d’Amazon. À la manière d’Apple, le géant du e-commerce cherche avant tout le contrôle de sa plateforme. Aucune date de sortie en France n’a encore été annoncée.

Du côté d’Android, si l’offre est de prime abord moins lisible, un détail technique permet d’aisément différencier les tablettes et déterminer leur puissance. La plupart de ces modèles exploitent la plateforme Tegra de Nvidia (architecture ARM), qui évolue à raison d’une génération par an. Un marqueur de performances suffisant pour savoir si une application fonctionnera et avec quel confort. Chaque génération amène une baisse de la consommation d’énergie et une augmentation des performances brutes.

12. Quand 2011 était fourni en tablettes à processeurs double cœurs Tegra 2, 2012 accueille de nombreux modèles en Tegra 3, à quatre cœurs. Les tablettes Nvidia Tegra dominent le monde Android, Samsung et Acer l'utilisent également.



© Google
Tegra, le processeur s'impose pour de nombreuses tablettes

Entre Tegra 2 et 3, la consommation énergétique aurait baissé de 40 %, selon le constructeur, pour un nombre de cœurs doublé. Tous les modèles cités disposent d’un écran de 10,1 pouces en 1.280 x 800, soit un affichage du contenu en 16/9.

Dans les modèles en Tegra 2, certains se démarquent aisément. En premier lieu, la Galaxy Tab 10.1 de Samsung, dont le design ressemble à celui de l’iPad en apportant des améliorations ergonomiques à Android Honeycomb, bienvenues, permettant de profiter pleinement d’un système sorti trop tôt, de l’aveu de ses développeurs. Elle est disponible à partir de 400 euros, en deux versions Wi-Fi et 3G, déclinées en 16 et 32 Go.

De son côté, Acer a frappé fort avec l’Iconia Tab, aux caractéristiques semblables à ses concurrents Android pour un prix démarrant à 350 euros, soit près de 50 euros de moins que le premier prix d’autres fabricants. La tablette dispose également d’autres atouts, tels une interface Honeycomb revue par Acer et un port USB hôte, permettant d’y brancher tout type de périphérique, y compris des manettes de jeu.

Les tablettes Tegra 3 commencent à peine leur commercialisation qu’une attire l’attention : l’Asus Eee Pad Transformer Prime, communément appelée la Transformer Prime. C’est la seconde génération de la gamme « Transformer » créée en 2011, qui a conquis pour son originalité : la tablette est fournie avec un dock (à 100 euros) la transformant en netbook, avec ports USB hôtes et une autonomie doublée. La première génération reçoit encore également un nombre important de mises à jour, une démarche rare. Cette seconde génération met à jour le concept avec un design revu et un prix de départ avoisinant les 500 euros en 32 Go.


13. Les sociétés déçues du pari « tablettes » sont nombreuses. Le cas emblématique est celui du Touchpad, mais on retient également le Playbook de BlackBerry.



Par sa rareté, le HP Touchpad est presque devenu un objet de collection aisément personnalisable avec le système Android. HP fournit depuis le système d’exploitation de la tablette, webOS, gratuitement à la communauté. © Masaru Kamikura, Creative Commons
Le Touchpad, histoire courte d'une tablette

Le Touchpad fondé sur le système webOS, à l’ergonomie saluée mais dont un premier échec sur téléphone portable, a forcé Palm à se vendre au plus offrant, en l’occurrence HP qui a décidé de l’utiliser pour ses tablettes et imprimantes connectées. Sorti en plein été, le Touchpad a rapidement accumulé les déboires, avec une production arrêtée à peine un mois après son début de commercialisation à cause de ventes trop faibles.

L’une des raisons invoquées est la jeunesse du système et le manque d’applications adaptées, qui freinent l’acheteur à la recherche de contenus. Bradée à 129 puis 99 euros, la tablette est ironiquement devenue un objet de convoitise, mettant plusieurs fois à genoux les sites de vente la proposant. Hors de webOS, certains acheteurs l’adoptèrent pour y installer Android, disposant de bien plus de contenus et étant installable gratuitement, au prix d’un effort technique.

Une autre incursion malheureuse dans le domaine des tablettes est à attribuer à Research In Motion, le père du BlackBerry, et son Playbook. Menacée par la montée des smartphones, la firme canadienne a décidé de contre-attaquer l’année dernière en lançant une tablette destinée à la fois au grand public et à son marché historique, les entreprises. Playbook est une tablette 7 pouces au matériel en léger retrait face aux standards (double cœur à 1 Ghz), utilisant le système QNX, racheté un an plus tôt. Las, la firme subit les mêmes déboires que le Touchpad à cause d’un manque de contenus et d’applications handicapant. Elle est désormais vendue 300 euros en France après une première remise permanente.


14. La parenté des tablettes avec les smartphones lie l’innovation matérielle des deux formats. Les améliorations techniques des tablettes visent avant tout la consommation de médias, le confort et la diversité des usages ludiques auxquels ces objets sont dévolus. Des évolutions en devenir ou déjà expérimentées, qui ne demandent qu’à se généraliser.



Les prochaines innovations attendues pour les tablettes concernent les écrans. Sur cette image, un écran flexible présenté par Sony en 2010, prévu dans nos magasins au premier semestre 2012. © Shekhar Sahu, Creative Commons
Des écrans tactiles en 3D

Les constructeurs travaillent à la création d’écrans tactiles en 3D. L’intérêt : proposer des vidéos et applications tirant parti d’un affichage en relief sur le matériel qui promet la démocratisation la plus rapide ces prochaines années. Pourtant, aucun résultat probant n’a encore été obtenu. LG et Asus, qui ont tenté l’aventure en 2011, ont dû annuler leurs projets respectifs de tablettes en 3D avec et sans lunettes. D’autres constructeurs tentent l’expérience, comme Gadmei ou Wikipad, qui ont présenté des prototypes de tablettes à écran 3D relief de 8 pouces, sans lunettes.



Android 3.0 Honeycomb a été la première version adaptée aux tablettes tactiles, embarquée sur de nombreux appareils, notamment par Acer, Asus et Samsung. © Blogeee.net
Résoudre le problème de la luminosité sur l'écran

Autre problématique : l’utilisation d’une tablette avec une haute luminosité ambiante, en extérieur par exemple. Contrairement aux liseuses à encre électronique (e-ink), les écrans TFT sont très sensibles à ce problème. Pour sa tablette Adam, annoncée en 2010, le constructeur indien Notion Ink a intégré une nouvelle technique, le LCD transflectif. En utilisant un senseur de luminosité, équipant déjà la majorité des tablettes, l’écran s’adapte en exploitant soit le rétroéclairage de l’appareil, soit la lumière extérieure qui, au lieu de se refléter, prend le relais dudit rétroéclairage.

L'écran flexible, une piste à suivre pour les tablettes

Une dernière piste est l’écran flexible, porté notamment par Samsung et Nokia. Les deux sociétés ont déjà présenté des prototypes de téléphones équipés de ces écrans. Nokia imagine d’ailleurs de nouvelles interactions exploitant la torsion de l’appareil, comme la navigation dans une liste en pliant l’une ou l’autre extrémité ou zoomer en courbant l’appareil vers l’intérieur. Samsung, lui, promet les premiers smartphones équipés de cette technologie au premier semestre 2012. Plus largement, la firme coréenne a présenté un concept d’écran translucide en 3D relief, à destination de téléphones ou tablettes.


15. La tablette type iPad se rapproche plus du smartphone que du PC, contrairement aux Tablet PC de Microsoft. Certaines nouveautés amènent ces nouveaux objets du côté du monde de l’ordinateur, autant techniquement qu’ergonomiquement.



L’interface pour tablettes du prochain Windows (Windows 8) suit celle de Windows Phone 7. Elle cohabitera avec une interface plus classique sur PC. © Ceo1O17, Creative Commons
Unifier les mondes du PC et des tablettes

Intel, jusqu’ici malheureux dans le domaine des smartphones et tablettes, part à l’offensive des ARM et autres Qualcomm en créant des processeurs d’architecture x 86 (utilisée par les PC) sur des appareils mobiles. La firme s’est ainsi chargée d’adapter Android à sa gamme Atom et a présenté au dernier CES une nouvelle génération de ces processeurs, Medfield, qui équipera des smartphones LG et Motorola en 2012. Ces appareils ne seront pas compatibles avec les applications ARM d’Android mais parfaitement avec celles développées en Java, ce qui limite tout de même l’interopérabilité de la plateforme.

Si Android est une part importante des projets d’Intel, Microsoft n’est pas en reste avec le développement de Windows 8, censé unifier les mondes du PC et de la tablette. Pour cela, la firme de Redmond s’appuie sur une double interface : Metro (créée pour Windows Phone 7) pour les appareils tactiles et une évolution de Windows 7 pour les ordinateurs, avec possibilité de basculer de l’une à l’autre. Microsoft ajoute également un magasin d’applications Metro pour s’aligner sur les habitudes prises sur les tablettes d’autres marques. Des projets de tablettes classiques ou avec des facteurs de forme originaux sont d’ores et déjà en préparation.

La tablette devient un appareil principal

L’un d’entre eux, la Vaio Slate présenté par Sony au CES 2012, comporte sous l’écran un clavier coulissant. La finesse permise par le matériel actuel ne profite pas qu’à la mobilité mais aussi à la polyvalence de ces appareils. Après le succès de la première génération de tablettes Asus à clavier détachable (Eee Pad Transformer) et coulissant (Eee Pad Slider), la tendance semble à l’imitation et au développement d’objets profitant autant de la légèreté du format que du rapprochement ergonomique avec le PC.

La tablette peut ainsi devenir un appareil principal. Dans cette optique, l’innovation se concentre également du côté des accessoires. Samsung, à l’origine de la plus sérieuse concurrente de l’iPad d’Apple, la Galaxy Tab, a présenté au CES un écran de 27 pouces, connectable à une tablette, sans fil. Si la portée commerciale de cet objet semble limitée, la création de périphériques confortables pour une utilisation fixe ouvre la voie au remplacement du PC par une tablette s’adaptant à tout type de situation, du bureau à la maison en passant par les transports.


16. À nouvel appareil, nouveaux contenus.
La tablette, iPad en tête, est devenue un objet de tentation pour les médias, qui y voient un nouveau marché captif à conquérir. Que ce soit en adaptant des contenus existants ou en misant sur l’interactivité, l’intérêt et les obstacles sont nombreux. Comment la presse s'adapte-elle au boom des tablettes ?



La métaphore papier (tourner les pages) est très présente dans le livre numérique, notamment dans iBooks 2 qui enrichit d’éléments multimédias les livres. © ElectronLibre.info
La presse écrite a été la première à s’emparer de l’iPad, dans l’optique d’étendre leurs marques où le temps de lecture d’information est dit cinq fois supérieur à celui du Web. À sa sortie en France début 2010, des grands titres de la presse nationale ont lancé des applications dédiées pour fournir une expérience de lecture de leurs quotidiens équivalente à celle proposée sur papier. Une fois l’utilisateur dans l’application, aucune autre interface ne vient l’inviter à en sortir pour pratiquer une autre activité.

Cette logique d’applications reproduisant une navigation papier n’est pas du goût de tous. Quand le président du groupe Ouest France soutient préférer l’iPad aux sites Web, l’expert en ergonomie Jakob Nielsen pointe lui les limites du modèle : avec une navigation imposée, des fonctions de recherche et une interactivité limitées, l’expérience utilisateur ferait un bond en arrière par rapport aux standards du Web. Les sites adaptés aux tablettes sont rares, voire inexistants parmi les grands titres, malgré la somme de déceptions auxquelles Apple les a habitués.

Relations tendues entre la presse et Apple

La ruée vers l’iPad a ainsi amené ces éditeurs de presse à se confronter aux conditions strictes imposées par Apple. Les désillusions ont été nombreuses. Dans une lettre ouverte, le Syndicat de la presse magazine (SPM) signale ainsi les principaux points de discorde commerciale avec la firme. Apple impose ainsi aux éditeurs des prix d’achat et d’abonnement fixes quand ils ont lieu au sein d’une application, ainsi qu’une commission de 30 %. Aussi, le constructeur ne partage pas sa base clients avec ses partenaires, qui doivent eux partager celle de leurs lecteurs s’ils effectuent des achats dans l’application. Un rapport asymétrique conjugué au contrôle éditorial opéré par l’entreprise, qui peut retirer sans sommation une application pour un contenu qui y a été publié.




Par des applications dédiées, il est possible de se créer son journal à la carte à partir de différentes sources, notamment avec Read It Later, Flipboard ou Google Currents. © Intervoice TM, Creative Commons
Le Financial Times, dont l’application a été supprimée de l’AppStore, a contre-attaqué en lançant un site uniquement compatible avec l’iPad, reprenant l’ergonomie d’une application sans la mainmise de la firme sur ses contenus et sa politique commerciale. Aucun autre système, y compris Android, n’a pourtant droit aux mêmes faveurs qu’iOS. N’offrant pas le même niveau de captivité, des ventes de tablettes bien moindres et des communautés moins promptes à payer, elles n’ont que peu des atouts qu’y attirent les éditeurs à Apple.

Reste qu’avec l’explosion du nombre de références Android en 2012 et la politique ferme de la firme de Cupertino, il pourrait bien devenir une alternative intéressante pour les éditeurs ne souhaitant pas être dépendant d’une seule plateforme. Le magnat des médias Rupert Murdoch avait tenté l’expérience d’un magazine tout iPad début 2011 avec The Daily, pour déchanter au bout d’un trimestre et 10 millions de dollars de pertes, les lecteurs dépassant rarement la période d’essai gratuit. Un échec qui n’empêche pas la tablette d’être considérée comme le format idéal pour la lecture de magazines.


17. Outre la presse écrite, d’autres médias voient un grand intérêt au format tablette : les chaînes de télévision. Avec la lecture, la consommation de vidéos est un des usages dominants de ces objets.



Le partage de contenus entre la tablette et la TV est déjà une réalité technologique concrète, qui intéresse autant les chaînes de télévision que les producteurs de contenus Web. Sur ce schéma, on peut voir la fréquence d'utilisation des tablettes (tablet) simultanément à la télévision : quotidiennement (daily), plusieurs fois par semaine (several times a week), plusieurs fois par mois (several times a month), une fois par mois ou moins (once a month or less) et jamais (never). © Intel Free Press, Creative Commons
Tablettes et télés, complémentaires

En diffusion linéaire ou en vidéo à la demande (VOD), la TV investit peu à peu les tablettes : applications fournies par les opérateurs mobiles (Orange TV, SFR TV…), applications dédiées ou encore sites de VOD, les moyens de s’adresser à cette audience se multiplient.

La tablette est aussi un outil complémentaire de la télévision. Selon une étude Nielsen de 2011, 42 % des possesseurs américains l’utilisent quotidiennement en regardant la télévision et 28 % plusieurs fois par semaine. C’est sur cette convergence que misent de plus en plus de groupes, notamment NextRadioTV, propriétaire des chaînes d’information en continu BFM.



Parmi les nouveaux appareils mobiles, la tablette est celui utilisé le plus fréquemment, par la souplesse de ses usages et sa grande autonomie. © LeFigaro.fr
Tablettes et télévisions connectées

Lors d’une table ronde aux Assises du numérique 2011, son président Alain Weil a vanté les mérites des applications pour tablettes et télévisions connectées : avec le succès revendiqué de leur application mobile, « le groupe voit le modèle de la personnalisation du flux d’information (le choix données contextuelles par exemple) se généraliser et les interactions entre les deux objets se multiplier ».

La télévision connectée se diffuse également progressivement en France, avec l’aide des fournisseurs d’accès et leurs boîtiers TV, liés aux offres ADSL triple-play. Des acteurs qui travaillent à l’interactivité de leurs appareils et au développement d’applications (voire de magasins d’applications, dans le cas de Free sur sa Freebox Revolution) et sur lesquels il faudra compter pour espérer atteindre les télévisions et mener à bien cette convergence. Ce rapprochement est également porté par Samsung qui se positionne massivement sur les deux créneaux ; télévision connectée avec un grand succès pour ses modèles maison et la production prochaine de Google TV (sous Android) et tablettes avec sa gamme de Galaxy Tab qui, si elle n’atteint pas le succès d’Apple, mène de front la bataille sur le terrain de l’innovation.

Reste que tout cela en est encore au stade d’expérimentations. Orange a testé en juin 2011 la diffusion simultanée d’un opéra sur télévision et tablettes, qui permettrait de choisir le point de vue ou le niveau de zoom et d’accéder à des bonus comme des vidéos des coulisses. Si le potentiel est là, le chemin risque encore d’être long et complexe pour toucher toutes ces plateformes et assurer une cohérence suffisante de l’expérience.

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